La technique particulière des urubus pour réussir le test de la corde

Des Urubus à tête rouge soumis à ce test souvent utilisé pour évaluer les capacités cognitives des oiseaux l’ont résolu en utilisant une méthode originale.

Le test de la corde (« string-pulling ») a largement été utilisé pour évaluer les capacités cognitives des oiseaux et des mammifères car il peut-être résolu rapidement, sans apprentissage préalable : pour récupérer une « friandise » attachée à son extrémité, le sujet doit la tirer vers lui. Ce test a déjà été mené sur des Corvidés, des Psittacidés (perroquets), des passereaux (mésanges, chardonnerets, tarins…) et même des chouettes (lire Les chouettes sont-elles aussi « intelligentes » que des corbeaux ou des perroquets ?) (au total, plus de 130 espèces animales l’ont passé). En général, les oiseaux au cerveau le plus développé arrivent à comprendre le lien physique existant entre la corde et l’appât.

Peu d’études cognitives ont été conduites sur les rapaces diurnes, or plusieurs espèces peuvent faire preuve d’une grande ingéniosité. Par exemple, des Percnoptères d’Égypte (Neophron percnopterus) ont été vus utilisant des cailloux pour briser des oeufs d’autruches ou des brindilles pour récupérer de la laine de mouton pour garnir leur nid. Des Caracaras chimangos (Milvago chimango) et des Buses de Harris (Parabuteo unicinctus) ont montré qu’ils pouvaient résoudre des tâches simples. Au Brésil, des Urubus noirs (Coragyps atratus) ont compris que les sacs plastiques pouvaient contenir de la nourriture et ouvrent régulièrement les sacs des touristes sur les plages.

L’Urubu à tête rouge (Cathartes aura) est un vautour du Nouveau Monde sociable, généraliste et opportuniste (lire Quand faut-il s’envoler lorsque les voitures roulent vite ?) qui doit faire preuve comme les Corvidés d’une grande capacité d’adaptation pour trouver leur nourriture. Trois biologistes ont utilisé le test de la corde pour vérifier si ces rapaces étaient capables de résoudre des problèmes : un petit morceau de viande était suspendu à une chaine attachée à un perchoir, et ils devaient donc le tirer vers lui pour le manger. Deux urubus ont résolu le problème sans apprentissage préalable, par tâtonnements successifs. Un troisième individu a réussi le test après copié un congénère. Les autres vautours ont échoué. Les oiseaux ayant trouvé une première fois comment récupérer le morceau de viande y parvenaient ensuite de plus en plus vite grâce à l’amélioration progressive de leur technique.

Les urubus ont résolu le problème d’une manière originale : ils tiraient la chaine vers eux en l’avalant petit à petit et en la stockant provisoirement dans leur jabot ! Les corbeaux, les perroquets et les fringilles procèdent eux d’une façon différente : ils tirent une première longueur de la corde avec le bec, la retient sous leur patte pour éviter qu’elle ne retombe, puis attrape une nouvelle portion qu’ils coincent à nouveau sous leur patte, et répètent ces gestes jusqu’à ce que la nourriture soit accessible. Les Chouettes lapones (Strix nebulosa) utilisaient leur bec ou leurs pattes pour tirer la corde .

Les urubus, comme les autres vautours, utilisent leur bec pour se nourrir de la chair des carcasses, mais leurs pattes sont larges, plates et partiellement palmées et sont peu adaptées à la saisie d’objets. La technique particulière qu’ils ont utilisée lors de ce test est le résultat de leur adaptation à un mode de vie nécrophage : elle rappelle en effet leur façon de tirer vers eux les intestins des cadavres…

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