Nutrition animale: un casse-tête pour les maîtres

Du maïs, pas de maïs, trop de maïs, des sous-produits… mais c’est quoi, des sous-produits? Trop de protéines, pas assez de protéines, digestibles, non digestibles, des fibres… Ah, oui! Les fibres, c’est très important les fibres… beaucoup, un peu, à la folie? Holistique, biologique, culture locale, viande crue, naturel, chimique, industriel… Mais qu’est-ce que c’est que ce charivari?

Vous êtes les bienvenus dans le grand monde de la nutrition animale qui, si vous ne l’avez pas remarqué, est une science à part entière. Comme la biochimie organique, la physique quantique et les mathématiques vectorielles, la nutrition fait partie de ces grandes sciences, un peu abstraites pour le commun des mortels, qui sont en constante évolution et qui demandent des années d’études universitaires pour qu’on s’y démêle un tant soit peu.

Chaque organisme vivant tend à s’organiser selon certaines habitudes alimentaires qui correspondent généralement à celles de son espèce; les félins sont des carnivores stricts, les canidés, des omnivores et les ruminants, des herbivores. Jusqu’ici, on s’entend. Mais la compréhension s’arrête souvent là, parce que la nutrition est bien peu accessible. On n’a qu’à voir la fréquence à laquelle le guide alimentaire canadien est mis à jour pour le constater. Et ça ne concerne que l’espèce humaine!

De nouvelles recherches et découvertes sur la digestibilité ou l’absorption, sur le comportement des villosités intestinales et sur un million d’autres petits processus essentiels à la vie amènent notre conception de la nutrition à se moduler dans le temps. Si la nutrition humaine, pour laquelle les fonds de recherche se chiffrent dans les centaines de millions de dollars, évolue sans arrêt, imaginez-vous ce qu’il en est des connaissances relatives à la nutrition animale qui, quant à elle, ne bénéficie que d’une fraction de ces investissements de recherche. Il devient donc essentiel de puiser dans les sources scientifiques, produites par des organisations reconnues en nutrition, qui sont ancrées sur des processus de recherche réels et pertinents.

Lors de mes consultations, j’ai pu constater que le nerf de la guerre se situe principalement dans la grande difficulté qu’ont les gens à lire et interpréter, mais surtout à comprendre et comparer, les étiquettes et la liste des constituants des aliments pour animaux. Et avec raison. Pour mieux visualiser, on peut imaginer un iceberg: l’étiquette représentant la petite pointe qui émerge d’un océan d’offres de diètes commerciales. Il est donc bien compréhensible que la lecture de cette étiquette et de la liste des constituants qu’on y retrouve ne suffise aucunement à dissiper les incertitudes. La qualité des composantes du produit, sa digestibilité (protéines et fibres), sa fraîcheur, son origine (fibre de quoi? soya? maïs?) sont autant d’informations qui ne sont malheureusement pas sur les étiquettes.

Les effets d’une nutrition qui n’est pas adaptée aux besoins de votre animal sont très sérieux. En plus des besoins nutritionnels de base (croissance, adulte, gériatrique) peut aussi s’ajouter le fait que Mistigri, au-delà du fait qu’il est un chat, ou un chien, ou un hamster, ou tout autre animal, pourrait avoir besoin d’une nutrition thérapeutique ajustée à un processus pathologique particulier (cristaux urinaires, insuffisance rénale, problèmes hépatiques, etc.).

Finalement, la cerise sur le gâteau, les problèmes comportementaux reliés à la nutrition. Un vrai cauchemar! Une nutrition mésadaptée à un jeune âge (minéraux, vitamines, besoins métaboliques et autres) prédisposera votre chien à l’ingestion de ses propres selles, que l’on nomme la coprophagie. Par la suite, la «passion des cacas» se transformera en habitude chez l’animal et deviendra un vrai défi à corriger pour les maîtres.

Bref, si vous peinez à vous y retrouver, ou pis encore si vous vous sentez la fibre d’une ou d’un nutritionniste animal qui peut résoudre lui-même la situation, sachez que votre médecin vétérinaire possède une formation universitaire en nutrition et qu’il est en mesure de répondre à de nombreuses questions. Certains hôpitaux offrent même des conférences au grand public sur le sujet. Renseignez-vous auprès de votre médecin vétérinaire soignant, il saura vous accompagner.

Cela intéressera sûrement vos amis, cliquez sur Recommander (J’aime) ou Partager.

Source: SARAH ANNIE GUÉNETTE, Vétérinaire, collaboration spéciale La Presse