Un renard au comportement d’un chien, comment?

Todd, un renard âgé d’un an, a été recueilli par Emma D’Sylva, un Anglaise, lorsqu’il était petit. Depuis, l’animal, qui vit entouré d’autres espèces, se comporte comme un chien. Comment cela est-il possible ? Emmanuelle Titeux, consultante en médecine du comportement à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort, nous éclaire sur le sujet.

Si Todd, ce renard recueilli par une jeune anglaise se comporte comme un chien, c’est tout simplement parce qu’il a été apprivoisé.

Les renards, comme les chiens, sont des canidés : apprivoisés, ils présentent des comportements similaires. Il n’est donc pas surprenant qu’il joue, qu’il remue la queue, qu’il se laisse gratter le ventre et qu’il accepte de se promener en laisse.

Le renard fuit naturellement l’humain

Il y a cependant une différence génétique entre le chien et le renard. Le chien a plus de facilité à vivre avec les humains, car il a subi, comme tous les animaux domestiques, une sélection génétique, qui a eu une incidence sur son développement.

Le renard, quant à lui, fuit naturellement l’humain. C’est ce qui caractérise les espèces sauvages. Si la jeune anglaise a réussi à l’apprivoiser, c’est forcément parce que cet animal a été en contact avec des humains dès les premiers jours de sa vie.

La surdité de ce renard peut aussi expliquer sa domestication. Ce handicap peut être lié à des troubles neurologiques, causant un déficit cognitif et favorisant la dépendance de l’animal aux humains.

Sur les espèces sauvages, un apprivoisement peut être tenté quand l’animal a entre 10 et 12 jours, avant qu’il ouvre les yeux. Après ce laps de temps, sera beaucoup plus difficile, voire impossible, de l’apprivoiser.

Les comportements des animaux peuvent évoluer

Durant cette période de familiarisation, une espèce sauvage peut aussi s’adapter à la présence d’autres animaux. C’est le cas de ce renard, qui cohabite avec une mouffette, un raton laveur, deux labradors, des lézards et des serpents.

Mais les comportements des animaux peuvent évoluer. On a déjà vu des chiots, habitués à vivre avec des rongeurs, qui finissaient pas les attaquer en grandissant. De même pour les dresseurs de tigres, qui séparent les bébés de leurs mères et les nourrissent au biberon. S’ils sont dociles dans leur période juvénile, ils peuvent exprimer des comportements ancestraux à l’âge adulte.

Plus ils sont dociles, plus leur robe se dépigmente

Chez les renards, on s’est aperçu que certains individus étaient plus familiers que d’autres. Alors, dans les années 50, le scientifique Dmitri Beliaïev a mené une expérience : il a mis en captivité ceux qui montraient le moins de signes de peur envers les humains.

Très vite, il s’est rendu compte que cette population se comportait comme des chiens. Il s’est également aperçu que les renards apprivoisés subissaient des changements physiologiques, qui avaient une incidence sur leur apparence.

En effet, plus les renards étaient habitués à l’homme, plus leur robe se teintait de blanc. Les cellules pigmentaires, liées au cerveau, modifient la couleur du pelage des animaux en fonction de leur état et de leur environnement. Plus ils sont dociles, plus leur robe se dépigmente. Ce n’est donc pas un hasard si beaucoup d’animaux domestiques ont des taches blanches. Et si Todd a lui aussi une robe bicolore prononcée.

Todd ne pourra pas être remis en liberté

Quoi qu’il en soit, ce jeune renard apprivoisé ne pourra jamais être remis en liberté. Quand une espèce sauvage a été habituée à l’humain, il est en effet difficile de lui redonner envie de fuir. De plus, cela risquerait de mettre sa vie en danger.

On peut se demander si, dans ces conditions, le bien-être de ce renard sera respecté. Cinq critères définissent le bien-être et parmi eux, il y a la possibilité pour l’animal d’exprimer tous ses comportements. Ce ne pourra pas être le cas pour le jeune Todd.

Tout ceci pose une question éthique : les refuges sont remplis de chiens et de chats, alors pourquoi apprivoiser des animaux sauvages ?

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Propos recueillis par Anaïs Chabalier.