Pourquoi les oiseaux chantent-ils ?

Ornithologie. C’est le printemps et ça s’entend ! Les oiseaux semblent s’en donner à cœur joie. Pourtant, ce n’est pas par plaisir que leurs trilles s’enchaînent. Explications avec Nicolas Mathevon.

Le soleil brille, la nature est en fête et c’est normal, les oiseaux chantent… On croit qu’ils s’en donnent à chœur joie. C’est faux. Le pinson n’est pas forcément gai. Les autres passereaux non plus.

Si les petits oiseaux de nos régions chantent, ce n’est pas pour fêter l’arrivée des beaux jours. En réalité, c’est plutôt par nécessité, afin d’assurer leur survie, et la survie de leur espèce. « J‘habite ici, c’est chez moi, et j’aimerais bien qu’une femelle vienne me voir, c’est à peu près le message » traduit Nicolas Mathevon, spécialiste de la communication acoustique chez les animaux. Autrement dit, le chant des oiseaux a deux fonctions. « Attirer une partenaire pour la reproduction et repousser les compétiteurs qui voudraient venir sur leur territoire ».

C’est de fin février à fin avril -la période favorable pour faire des bébés- que les concerts battent leur plein. En particulier juste avant le lever du jour, quand les sons portent bien, pour avertir l’intrus qu’il pourrait y laisser des plumes… Comme chez de nombreuses espèces, c’est le mâle qui donne de la voix. La plupart des dames oiseaux qui vivent sous nos latitudes ne sont pas équipées pour chanter. Contrairement à de nombreuses espèces vivant sous les tropiques, où mâle et femelle élaborent ensemble des duos vocaux parfois complexes.

Le merle chante aussi pour assurer sa survie. Et, même au temps des cerises, il n’est pas plus moqueur qu’un autre oiseau. C’est quand il est inquiet qu’il pousse des cris qui ressemblent un peu à des rires. Photo J.P. Balfin
Le merle chante aussi pour assurer sa survie. Et, même au temps des cerises, il n’est pas plus moqueur qu’un autre oiseau. C’est quand il est inquiet qu’il pousse des cris qui ressemblent un peu à des rires. Photo J.P. Balfin

Mais pourquoi tant de trilles ? Si d’aucuns bipèdes sifflotent pour se donner une contenance, l’oiseau a tout intérêt à faire valoir son organe vocal. Il montre ainsi à ses concurrents qu’il est vigoureux et qu’il défendra bec et ongles son territoire. Il séduit aussi. « Des recherches sur le canari ont montré que les femelles étaient sensibles à la qualité du chant. Des successions rapides de petits trilles par exemple ». Plus il est beau parleur, ou plutôt bon chanteur, plus la femelle aura envie d’en faire le père de ses enfants. Le chant la stimule même sur le plan hormonal.

Cette sérénade à tue-tête permet donc de prendre une partenaire sous son aile. La future maman peut entendre l’appel de très loin, à une centaine de mètres. Dans une forêt qui bruisse, au milieu d’autres chants, c’est un exploit.

Ensuite, lorsque le couple est formé, il reste ensemble au nid. Au moins pour la saison. Et là, on peut dire que l’un des partenaires peut déchanter. « Des analyses de paternité dans des nids de mésanges charbonnières ont montré que tous les œufs n’étaient pas forcément du même père » signale Nicolas Mathevon. Une épouse volage… Cela n’existe pas chez les diamants mandarins. Ces petits oiseaux australiens sont fidèles toute leur vie. Mais le quotidien est moins enchanteur que la rencontre. « On a remarqué que le mâle chante moins une fois qu’il est en couple ».

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Muriel Florin / Source