Rien n’arrête sa passion pour les poissons !

Gilles Bourré est ichtyotaxidermiste ou taxidermiste pour poissons. Ils ne sont que deux ou trois en France. Ce passionné maîtrise parfaitement la technique. Il devient tour à tour couturier, peintre, sculpteur…

« Ma passion ? Ichtyotaxidermiste ! sourit Gilles Bourré, 53 ans. En fait, je naturalise les poissons. » Le professeur des écoles est un passionné d’animaux et de nature. Depuis longtemps. « Je me souviens que tout petit, la maîtresse d’école avait amené un renard empaillé. Et c’est ça que j’ai voulu faire ! »

Un manuel refoulé !

Gilles a commencé par empailler quelques oiseaux et autres mammifères. Puis, il se prend de passion pour les poissons. « J’adore la mer. Je venais souvent dans la maison de famille à Pléneuf-Val-André ». Au fur et à mesure, sa technique s’améliore, s’affine.

En aménageant à La Poterie en 2003, il avait tout prévu. « Il me fallait une maison avec un sous-sol pour pouvoir travailler de mes mains. Je suis un manuel refoulé ! »

Dans son atelier, brochet, maquereau, truite fario… Il y en a partout ! Le réalisme saute aux yeux. « Oui, on dirait des vrais », dit-il modestement. Ce sont des heures de travail où minutie et patience sont nécessaires.

La technique, Gilles la raconte sans problème. Vider le poisson entièrement. « Il ne reste que la peau qui trempe ensuite dans de l’alcool. » Trois jours, trois mois… Il prend du polystyrène ou polyuréthane et sculpte la forme. Ensuite, il entaille l’un des côtés du poisson et plaque la peau sur le bloc sculpté, la colle. Et recoud la peau. Ensuite, le papier de verre et la terre glaise. Les formes s’arrondissent, les joues disparaissent ou apparaissent selon l’apparence du poisson… Un lissage parfait. Vient le séchage.

Une technique précise

Mais, la peau est terne, délavée par le bain d’alcool. Gilles devient peintre-aérographeur. Grâce à une photo, il redonne à son modèle ses vraies couleurs. Dégradés, nuances, taches, rayures… Rien ne manque. « Ah si ! Les yeux en légère forme de goutte d’eau pour la plupart. »

Et enfin, le vernis spécial et la mise sur le socle. « L’essentiel est de garder la texture de la peau. » Lisse, bosselée, râpeuse…

Près de 200 spécimens sont déjà passés entre les mains de l’ichtyotaxidermiste, intarissable sur sa passion. Des poissons du monde entier ? « Non. La baie de Saint-Brieuc recèle des richesses. J’ai aussi des poissons d’eau douce. » Gilles expose 90 de ses poissons à l’aquarium de Trégastel. « Tout ça a aussi un rôle pédagogique ».

Raie, requin, lamproie et autre nom latin imprononçable… Il connaît tout sur ses poissons. Incollable ! « Vous connaissez le nombre de dents d’un brochet ? 700 ! Une bouche pleine de dents ! »

Quand l’ichtyotaxidermiste reste trop longtemps loin de sa passion, il ressent « un manque ». Et contrairement à certains, il pense avec joie à la retraite. « Il y en a qui disent qu’ils vont s’ennuyer. Moi pas ! »

Sonia TREMBLAIS / Source