Quand les animaux «moches» sont délaissés par les scientifiques

Selon une étude publiée le 6 mars dans une revue spécialisée australienne, les animaux moches sont moins étudiés par les scientifiques que les espèces photogéniques. Une discrimination qui n’est pas sans conséquence pour leur avenir.

Le monde animal est décidément bien cruel. Et la science pas si rationnelle que ça si l’on en croit l’étude australienne publiée par la Mammal Review (en anglais). Patricia A. Fleming et Phil W. Baterman, ses auteurs, ont voulu savoir quelles espèces de mammifères attiraient le plus la recherche.

Pour commencer, ils ont classé 331 mammifères terrestres en trois catégories : « les beaux », « les méchants » et « les moches ». Ensuite, ils ont compté le nombre de mentions consacrées à chacun de ces groupes dans les revues scientifiques.

Rongeurs et chauves-souris boudées

Le résultat est sans appel. Alors qu’ils représentaient moins de la moitié des 331 espèces passées en revue dans l’étude, les animaux classés comme « beaux » sont mentionnés dans plus des trois quarts (76,6%) des publications scientifiques analysées. A l’opposé, les animaux considérés comme « moches » sont l’objet de seulement 11% des recherches, alors qu’avec 148 espèces différentes, ils représentaient presque la moitié (45%) des animaux répertoriés.

En clair, kangourous rigolos, mignons koalas et autres opossums étonnants ont les faveurs des scientifiquent qui délaissent en revanche de façon « disproportionnée » les rongeurs et chauves-souris, espèces qui constituent l’essentielle du bataillon des mammifères « moches ».

Mais la discrimination ne s’arrête pas là. Les conclusions montrent aussi que l’objet d’étude des scientifiques varie en fonction de la classification de l’animal. Les chercheurs s’intéressent par exemple souvent à la physiologie ou à l’anatomie des animaux « beaux », très peu à leur impact écologique, tandis qu’ils observent les mammifères dits « méchants », à savoir souvent des espèces invasives comme le lapin australien, le renard ou le dingo, c’est souvent pour réfléchir à leur place dans l’écosystème et à comment en contrôler la démographie. Quant aux animaux « moches », on étudie moins volontiers leur biologie.

Pourquoi tant de haine ?

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